Repérer les signaux faibles dans une équipe, c’est se donner la possibilité d’agir avant la crise. Une conférence sur la prévention de la maladie d’Alzheimer m’a invitée à regarder autrement le leadership et le fonctionnement de nos organisations : observer le système assez tôt pour pouvoir encore l’influencer.
Cette semaine, j’assistais à une conférence du Pr Jacques Touchon consacrée à la prévention de la maladie d’Alzheimer.
Une phrase citée en conclusion m’a particulièrement interpellée :
« Il faut agir sur ce qui n’est pas encore advenu. » — Lao Tseu
Elle parlait de médecine. J’y ai immédiatement entendu parler d’entreprise.
Le Pr Touchon expliquait notamment que les processus associés à la maladie d’Alzheimer peuvent commencer bien avant que les premiers symptômes ne deviennent visibles.
Cette réflexion sur le temps de la prévention m’a amenée à une question : dans nos organisations, combien de temps s’écoule entre le moment où un fonctionnement commence à se dérégler et celui où nous décidons enfin de nous en occuper ?
Les signaux faibles en entreprise : un dérèglement qui ne fait pas de bruit
Dans une entreprise, les équilibres se fragilisent souvent à petits pas, bien avant que les difficultés ne deviennent visibles, comme par exemple :
- Un collaborateur ne se désengage pas en une nuit.
- Une équipe ne perd pas confiance un lundi matin à 9 heures.
- Un CODIR ne devient pas soudainement incapable de décider ensemble.
- Un dirigeant ne se retrouve pas du jour au lendemain au centre de toutes les décisions de son entreprise.
Bien avant les symptômes visibles, il y a souvent des signaux faibles :
- Une décision que personne n’ose vraiment prendre.
- Une réunion supplémentaire parce que la précédente n’a rien tranché.
- Une tension que l’on préfère contourner.
- Un manager qui reprend progressivement la main sur ce qu’il avait pourtant délégué.
- Un désaccord qui ne se dit plus.
- …
Rien de spectaculaire.
Et c’est précisément le problème.
Car nous sommes beaucoup plus entraînés à réparer ce qui dysfonctionne qu’à observer ce qui commence à se déséquilibrer.
Un incident isolé ne suffit pas à conclure à un dysfonctionnement. Mais lorsque ces situations se répètent, elles méritent que l’on regarde comment l’équipe décide, coopère et partage les responsabilités.
Prévenir les difficultés du CODIR en observant son fonctionnement
La conférence évoquait plusieurs leviers de prévention pour notre cerveau : bouger, apprendre, entretenir les relations sociales, prendre soin de son environnement et agir sur plusieurs dimensions simultanément.
Là encore, cette approche m’a fait réfléchir à l’entreprise.
Une organisation vivante a elle aussi besoin de mouvement, d’apprentissage, de relations de qualité, de confrontation à l’altérité et d’une capacité permanente d’adaptation.
[Lien interne : « Et si diriger, c’était apprendre à changer d’élément ? »]
Alors peut-être devons-nous faire évoluer notre conception de la prévention en entreprise et par exemple :
- Ne plus attendre la crise pour accompagner une équipe.
- Ne plus attendre le désengagement pour parler de confiance.
- Ne plus attendre l’épuisement du dirigeant pour questionner la manière dont le pouvoir et les responsabilités circulent.
- Ne plus attendre que les indicateurs passent au rouge pour regarder le système.
C’est aussi le sens du coaching systémique d’équipe de direction : observer le collectif dans ses situations réelles de travail et développer sa capacité à ajuster lui-même son fonctionnement.
Leadership : agir tôt pour garder une marge de manœuvre
Agir sur ce qui n’est pas encore advenu, ce n’est pas chercher à prédire l’avenir.
C’est développer notre capacité à observer le présent suffisamment tôt pour pouvoir encore influencer la suite.
[Lien interne : « Pourquoi vos équipes ne prennent pas d’initiatives… » et la page Équipe 5D, dont la première étape, VOIR, consiste justement à observer le système tel qu’il fonctionne.]
Concrètement, cela peut commencer par prendre quelques minutes en réunion pour regarder comment les décisions se prennent, nommer un désaccord resté implicite ou clarifier une responsabilité que chacun pensait attribuée à quelqu’un d’autre.
Et si c’était aussi cela, le leadership ?
Non pas seulement savoir décider lorsque le problème est là.
Mais savoir prendre soin du système avant qu’il ne nous oblige à le faire.
Vous sentez que quelque chose commence à se dérégler dans votre CODIR, sans pouvoir encore le nommer ? Certaines de ces situations vous sont familières ?
Échangeons sur le fonctionnement de votre équipe de direction, pour comprendre ce qui se joue et ce qui mérite d’évoluer.
Pour approfondir le sujet médical : le dossier de l’Inserm consacré à la maladie d’Alzheimer.
Et si vous le souhaitez, je tiens à votre disposition mes notes et mon compte rendu de cette conférence.
Autrice : Catherine Roupié, fondatrice de Systemilia, coach certifiée ICF PCC-ACTC