Et si diriger, c’était apprendre à changer d’élément ?

Et si nos expériences personnelles nous apprenaient à diriger autrement ?

Cet été fut riche en expériences. Avec un peu de recul, je réalise que j’ai traversé les quatre éléments : l’air, l’eau, la terre et le feu.

Quatre expériences qui m’ont invitée à être davantage au contact de moi-même et qui, chemin faisant, ont nourri ma réflexion sur le leadership, la transformation des organisations et notre propre cheminement intérieur ?

Catherine Roupié sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, une expérience personnelle qui nourrit sa réflexion sur le leadership et l'adaptation au changement.

L’air : prendre de la hauteur pour mieux diriger

J’ai côtoyé l’espace d’un instant les oiseaux, les nuages avec ce vol découverte de parapente et surtout un autre silence.

Après quelques pas de course, le sol s’éloigne et au gré des courants aériens, je m’envole de plus en plus haut. En étant en l’air, je vois apparaître les chemins, les reliefs de plus près et les distances prennent une autre dimension.

En bas, rien n’a changé. C’est mon point de vue qui a changé.

Et cette prise de hauteur est souvent clé dans notre quotidien pris en engrenage avec les urgences, les arbitrages et les décisions à prendre…pour éviter de confondre ce que nous voyons avec la réalité tout entière.

Prendre de la hauteur ne résout pas nécessairement le problème, il lui donne une autre dimension ou bien une autre orientation.

Diriger demande aussi cela : savoir momentanément quitter le terrain pour regarder le système.

L’eau : explorer ce qui se joue sous la surface

En août, changement d’univers avec un baptême de plongée.

Cette fois, plus question de prendre de la hauteur. Il faut descendre et sous l’eau, les repères changent :

  • Le corps se comporte différemment.
  • La respiration devient consciente.
  • Les mouvements ralentissent.

Impossible de continuer exactement comme à la surface. Il faut s’adapter au milieu et faire confiance.

Dans les organisations aussi, une grande partie de ce qui détermine le fonctionnement collectif se situe sous la surface :

  • Il y a ce que l’on dit en réunion… et ce que l’on ne dit pas.
  • L’organigramme… et la manière dont le pouvoir circule réellement.
  • Les processus de décision officiels… et ceux qui s’opèrent dans les faits.
  • Les valeurs affichées… et les comportements que le système encourage, tolère ou décourage.

Regarder seulement la surface permet rarement de comprendre un collectif. Alors, parfois, il faut accepter de descendre, d’écouter autrement et de ralentir suffisamment pour percevoir ce qui se joue dans le système.

C’est notamment ce que permet le coaching systémique d’équipe : observer le collectif dans son fonctionnement réel, rendre visibles les interactions et les mécanismes qui influencent les décisions, puis accompagner l’équipe pour qu’elle développe sa capacité à se réguler et à se transformer.

compostelle

La terre : passer de l'intention à l'action

Et puis il y a la terre. Et cette année j’avais à cœur de retourner sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle malgré un corps loin de son maximum. Et ce fut en septembre.

Aussi, j’ai adapté mon chemin, j’ai été davantage à l’écoute de mon corps pour vivre pleinement chacune des étapes de mon parcours.

Et malgré ces précautions, certaines parties du chemin ont été difficiles que d’autres et/ou plus longues que prévues et les derniers kilomètres parfois interminables.  Même sur Compostelle, la loi de Hofstadter s’est invitée : tout prend toujours plus de temps que prévu, même lorsqu’on tient compte de cette loi ! »

C’est peut-être cela que la terre vient rappeler : nous avançons toujours à partir du réel, jamais à partir de l’idée que nous nous faisons du réel.

Et je retrouve cela aussi dans les organisations.

Une transformation ne se réalise pas dans un PowerPoint.

Une vision ne transforme rien tant qu’elle ne modifie pas les décisions.

Une valeur n’existe réellement que lorsqu’elle devient comportement.

Une équipe de direction ne devient pas collective parce qu’elle a décidé qu’elle devait davantage coopérer.

À un moment, il faut éprouver autrement les réunions, les désaccords, les décisions, les responsabilités, les interdépendances. Il faut passer de l’intention à l’expérience et mettre les pieds sur le chemin.

 

Le feu : savoir s'adapter sans renoncer à son cap

Et tout l’été, le feu avait été là.

Je voulais repartir sur Compostelle en août et les canicules se succédant, mon projet s’est concrétisé en septembre. 

Le feu m’a peut-être enseigné quelque chose que nous oublions parfois lorsque nous parlons de détermination : il existe une différence entre renoncer et s’ajuster.

J’aurais pu abandonner entre chaleur et corps non optimales.

J’aurais aussi pu décider que, puisque j’avais prévu août, ce serait août coûte que coûte.

J’ai fait autre chose : j’ai conservé l’intention et modifié les conditions de sa réalisation.

Cette distinction me paraît essentielle dans le leadership.

Nous valorisons beaucoup la persévérance, la volonté, la capacité à tenir un cap. À juste titre.

Mais tenir le cap ne signifie pas s’obstiner sur le chemin prévu.

Lorsque l’environnement change, lorsque les ressources évoluent, lorsque ce qui fonctionnait hier commence à montrer ses limites, continuer exactement de la même manière n’est pas toujours une preuve de détermination. Parfois, le courage consiste précisément à changer.

compostelle

Et si le leadership consistait aussi à savoir changer d’élément ?

En repensant à ces derniers mois, je ne crois pas que l’air, l’eau, le feu et la terre soient venus m’apporter une méthode de leadership en quatre étapes.

Ce serait leur faire dire un peu trop de choses.

Ces quatre expériences m’ont invitée à regarder le leadership sous quatre angles complémentaires : prendre de la hauteur pour mieux comprendre le système, explorer les dynamiques invisibles du collectif, transformer les intentions en actions concrètes et adapter sa trajectoire lorsque l’environnement évolue. 

Aussi, de quel élément ai-je besoin aujourd’hui ?

Ai-je besoin d’air, pour prendre de la hauteur et regarder autrement ce dans quoi je suis plongée ?

Ai-je besoin d’eau, pour aller sous la surface et écouter ce que je ne perçois pas encore ?

Ai-je besoin de reconnaître le feu, cette réalité qui m’oblige à reconsidérer la manière dont je voulais avancer ?

Ou est-il temps de retrouver la terre, d’arrêter de réfléchir et de faire réellement le prochain pas ?

Peut-être que diriger consiste moins à avoir toujours la bonne réponse qu’à savoir depuis quel endroit regarder, écouter et agir.

Et peut-être en va-t-il de même pour nos vies.

Le Soul Coaching m’a appris à porter attention à ce qui se manifeste, plutôt qu’à chercher immédiatement à lui donner une explication. Cette approche de la connaissance de soi m’invite à accueillir les expériences, à écouter ce qu’elles éveillent en moi et à laisser émerger leur sens, sans chercher systématiquement à tout comprendre ou à tout maîtriser.

Je n’avais évidemment pas décidé de consacrer mon été aux quatre éléments.

C’est seulement en marchant que le fil est apparu.

Certaines expériences ne nous demandent peut-être pas d’être comprises immédiatement. Elles demandent d’abord à être vécues.

Le sens vient parfois après.

Comme sur un chemin : on ne voit pas toujours, depuis le départ, ce que l’étape va nous apprendre.

Et heureusement.

Sinon, que deviendraient les montées surprises ? et des étapes à rallonges ?

Alors voici ce que je garde de tout cela :

                                          Garder le cap ne signifie pas s’obstiner sur le chemin prévu.

Parfois, avancer demande de prendre de la hauteur.

Parfois de descendre sous la surface.

Parfois d’attendre que le feu s’apaise.

Et parfois, simplement, de remettre les pieds sur terre et de faire le prochain pas.

Et vous, dirigeant, manager ou simplement voyageur sur votre propre chemin, de quel élément auriez-vous besoin aujourd’hui ?

De l’air pour prendre de la hauteur ? De l’eau pour explorer ce qui se joue sous la surface ? De la terre pour passer à l’action ? Ou du feu pour apprendre à ajuster votre trajectoire sans perdre votre cap ? 

Et dans votre organisation, quel chemin souhaitez-vous emprunter ?

Prendre de la hauteur, comprendre ce qui se joue dans votre équipe de direction, faire évoluer vos modes de fonctionnement…

Chez SYSTEMILIA, j’accompagne les dirigeants et leurs équipes pour transformer leurs intentions en changements concrets et durables.

Auteur de l’article

Catherine Roupié – Fondatrice de SYSTEMILIA

Coach professionnelle PCC et coach systémique d’équipe ACTC, Catherine Roupié accompagne les dirigeants et les équipes de direction dans l’évolution de leur leadership, de leurs relations et de leurs modes de fonctionnement collectif. Son approche associe coaching systémique, connaissance de soi et accompagnement des transformations.

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